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La sentinelle (1992), d’Arnaud Desplechin

2009-06-17 @ 23:20 in Cinéma

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Si l’on devait caractériser ce film d’une couleur, ce serait sans conteste le vert. Vert des vêtements, des décors, des objets. Glauque approximatif du laboratoire de médecine légale. Univers vert-de-gris. Et s’il s’agit de boire, c’est bien sûr de la Heineken! Seuls la sœur de Mathias, le personnage central du film, et ses amis, sont plongés dans un brun orangé. Mais le vert sera de plus en plus présent dans sa tenue.

D’Allemagne, après la mort de son père, diplomate, Mathias revient en France. Dans le train un étrange policier fantomatique l’interroge. Mathias découvrira plus tard dans ses bagages une tête d’homme momifiée. Que faire ? Lui donner une sépulture ? Une mémoire ? Évoluant entre William, étrange colocataire au rôle incertain, mais peu amical, et des membres de services secrets, Mathias, étudiant en médecine légale, va se résoudre à autopsier, peu à peu, la dite tête Il finira par mettre un nom sur ce scientifique russe, pourchassé par les services secrets soviétiques. Le « fantôme » du train, que l’on sait autrefois chargé d’échanger les français détenus en URSS, a réapparu : « Tu as la tête, il me faut le nom ». Il ne manque pas de nous rappeler l’époque (le film date de 1992, l’immédiate après guerre froide) « On n’a plus d’ennemi pour nous arrêter, qui nous arrêtera, [nous les bons] ?» « On a gagné jusqu’à la nausée ». Mathias tuera William, provoquera à l’ambassade russe un homme, déjà rencontré, appartenant aux services secrets, probablement.

Il s’éveillera alors dans une chambre d’hôpital d’une blancheur éblouissante sur laquelle le film se termine.

Les personnages sont complexes, ambigus : Mathias entretient des rapports amoureux avec Claude (Emmanuelle Devos) qui l’attire et le repousse en alternance ; lui et William échangent des coups violents avec le sourire, …

La caméra est proche des visages, puis de l’un ou l’autre détail, le plan suivant revient au visage se rapproche encore dans un ballet obsédant. Pas question pour le spectateur de prendre du recul dans cette belle réflexion sur la raison d’état contre le devoir de mémoire. « Mon père était diplomate, moi je suis médecin pathologiste » seront ses derniers mots dans le film. Cacher les morts, les faire parler. Qui est sentinelle ?


Factotum (2005), de Bent Hamer

2009-06-17 @ 23:18 in Cinéma

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Film honnête, sans grande originalité. La descente aux enfers d’un écrivain alcoolique. Pas grand-chose à dire de ce film. Les personnages évoluent, l’histoire se déroule, on attend sagement la fin. Si l’on voit le personnage principal écrire, parfois, rien ne donne l’apparence du génie. C’est avec une légère surprise que l’on apprendra d’ailleurs que ses écrits ont été acceptés par un éditeur. Malheureusement pour lui, la lettre arrive au domicile qu’il vient de perdre. C’est peut-être la qualité de ce film : une certaine retenue. Mais rien de bien passionnant.


La vie est un miracle (2004), d'Emir Kursturica.

2009-06-17 @ 23:11 in Cinéma

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Quel beau scénario. Une histoire d’amour (presque) impossible pendant la guerre entre un ingénieur bosniaque et une prisonnière musulmane. Bateau ? Pas dans les pattes de Kusturica. Il y a cette ligne de chemin de fer que construit Luka, l’ingénieur. Cette ligne, encore inutilisée lorsque la guerre se déclenche, cette ligne, c’est l’espoir, c’est la guerre, c’est la contrebande organisée, c’est la mort aussi. La mort qu’attend cet âne, au début du film, l’âne du grand-père, mort des années auparavant, mais bien présent dans le film. L’âne qui pleure, et attend le train, la mort, qui ne vient pas : la ligne n’est pas encore ouverte. Cet âne qui sera le fil, l’ange gardien. C’est lui, qui arrêtera le train qui ramène Sabaha et sous lequel Luka tente de se suicider. Il y a aussi l’opérateur de bazooka, qui s’obstine à tirer en arrière, la journaliste de CNN, qui cherche une convenable réalité et qui ne trouve que la complexité des choses, le facteur et son blanc destrier, le lit qui vole, la musique, de fête. La fête avant la guerre, la folie, pendant la guerre. Et puis les paysages, superbes, envoûtants. Et les tunnels qu’on obstrue, qu’on franchit, souterrains chers à Kusturica.

Petite digression sur la prévisibilité dans les scénarios. Je crois que c’est Bergson (à vérifier) qui écrivait qu’un film ne doit être ni trop, ni trop peu prévisible ; s’il l’est trop, on s’ennuie, s’il l’est trop peu, on se perd.

Mais, si les péripéties doivent nous surprendre, il est un autre domaine, celui du symbole où la surprise n’est pas toujours de mise. Que cet âne arrête le train, immuable au travers de la voie, on s’y attend. Mais ce n’est pas une erreur d’écriture. Il ne peut en être autrement. Soit ce film se termine bien, soit il fini mal. S’il finit mal, on est dans le réalisme pathétique. Ce n’est pas le ton du film. On est dans le conte ; l’histoire finira bien et ce n’est pas un concours de circonstances ou une volonté humaine qui peut amener ce résultat, c’est un élément symbolique qui a traversé tout le film. Normal 0 false 21 false false false FR-BE X-NONE X-NONE

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Occupe-toi d’Amélie, de Claude Autant-Lara,

2009-06-17 @ 23:06 in Cinéma

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D’après la pièce de Feydeau. Plaisante comédie dont on retiendra le jeu entre théâtre et cinéma. Si, dans le passé, le rideau du théâtre s’était déjà ouvert sur le début d’un film (voir Sacha Guitry), ici, quatre spectateurs rendent visite à un comédien de leur connaissance dans sa loge avant le spectacle. Ils s’installeront ensuite à la baignoire. Le spectacle commence : les décors sont de théâtre, mais les déplacements et les lieux appartiennent au cinéma. Peu à peu le théâtre s’efface, pour laisser la place au cinéma. Il ressurgit parfois, avec les commentaires des spectateurs à chaque entracte, ou plus finement lorsque nous découvrons l’appartement de Marcel Courbois (Jean Desailly):le téléphone sonne en coulisse, alors que le montage du film nous laisse entendre que ce téléphone devrait sonner chez Courbois. (Le plan précédent montrait Etienne téléphonant à Courbois). Nous découvrons des machinistes, un pompier de service et, enfin, la mise en place d’un dernier panneau nous cache les coulisses. Nous sommes à présent dans l’appartement de Courbois et dans le langage du cinéma par la même occasion, que nous n’avons finalement jamais quitté, puisque montrer des coulisses dans un film, c’est néanmoins utiliser le langage cinématographique. On pourrait dire plutôt que nous revenons à la narration cinématographique. Après le faux faux mariage (puisqu’il s’agit d’un vrai mariage déguisé en canular), les spectateurs du théâtre interviennent sur scène, mais se retrouvent en un clin d’œil dans le film, puisqu’ils débarquent dans la « vraie » salle du faux mariage, vraie, car elle est décor de cinéma et pas décor de théâtre. Ils poursuivent alors Courbois et sa fausse fausse femme jusqu’à la gare (qui est une gare de cinéma et pas la gare de théâtre que nous avions vu au début du film) pour faire capoter les intrigues de Courbois. A la fin du film, Victor Guyau (Van Putzeboom, l'oncle belge de Marcel Courbois) après avoir, grâce à l’intervention de nos spectateurs, refusé le chèque promis en cas de mariage, sortira de son personnage d’oncle (qu’il tenait au cinéma et au théâtre) pour enlever sa fausse moustache et prendre son rôle de comédien (qu’il ne tient qu’au cinéma ).