Si l’on devait caractériser ce film d’une
couleur, ce serait sans conteste le vert. Vert des vêtements, des décors, des
objets. Glauque approximatif du laboratoire de médecine légale. Univers vert-de-gris.
Et s’il s’agit de boire, c’est bien sûr de la Heineken! Seuls la sœur de
Mathias, le personnage central du film, et ses amis, sont plongés dans un brun
orangé. Mais le vertsera de plus en
plus présent dans sa tenue.
D’Allemagne, après la
mort de son père, diplomate, Mathias revient en France. Dans le train un
étrange policier fantomatique l’interroge. Mathias découvrira plus tard dans
ses bagages une tête d’homme momifiée. Que faire ? Lui donner une
sépulture ? Une mémoire ? Évoluant entre William, étrange colocataire
au rôle incertain, mais peu amical, et
des membres de services secrets, Mathias, étudiant en médecine légale, va se
résoudre à autopsier, peu à peu, la dite tête Il finira par mettre un nom sur
ce scientifique russe, pourchassé par les services secrets soviétiques. Le « fantôme »
du train, que l’on sait autrefois chargé d’échanger les français détenus en
URSS, a réapparu : « Tu as la tête, il me faut le nom ». Il ne
manque pas de nous rappeler l’époque (le film date de 1992, l’immédiate après
guerre froide) « On n’a plus d’ennemi pour nous arrêter, qui nous
arrêtera, [nous les bons] ?» « On a gagné jusqu’à la
nausée ». Mathias tuera William, provoquera à l’ambassade russe un homme,
déjà rencontré, appartenant aux services secrets,probablement.
Il s’éveillera alors
dans une chambre d’hôpital d’une blancheur éblouissante sur laquelle le film se
termine.
Les personnages sont
complexes, ambigus : Mathias entretient des rapports amoureux avec Claude
(Emmanuelle Devos) qui l’attire et le repousse en alternance ; lui et
William échangent des coups violents avec le sourire, …
La caméra est proche
des visages, puis de l’un ou l’autre détail, le plan suivant revient au visage
se rapproche encore dans un ballet obsédant. Pas question pour le spectateur de
prendre du recul dans cette belle réflexion sur la raison d’état contre le
devoir de mémoire. « Mon père était diplomate, moi je suis médecin
pathologiste » seront ses derniers mots dans le film. Cacher les morts,
les faire parler. Qui est sentinelle ?
Film
honnête, sans grande originalité. La descente aux enfers d’un écrivain
alcoolique.Pas grand-chose à dire de ce
film. Les personnages évoluent, l’histoire se déroule, on attend sagement la
fin. Si l’on voit le personnage principal écrire,parfois, rien ne donne l’apparence du génie.
C’est avecune légère surprise que l’on
apprendra d’ailleurs que ses écrits ont été acceptés par un éditeur.
Malheureusement pour lui, la lettre arrive au domicile qu’il vient de perdre.
C’est peut-être la qualité de ce film : une certaine retenue. Mais rien de
bien passionnant.
Quel beau scénario.
Une histoire d’amour (presque)impossible pendant la guerre entre un ingénieur bosniaque et une
prisonnière musulmane. Bateau ? Pas dans les pattes de Kusturica. Il y a
cette ligne de chemin de fer que construit Luka, l’ingénieur. Cette ligne,
encore inutilisée lorsque la guerre se déclenche, cette ligne, c’est l’espoir,
c’est la guerre, c’est la contrebande organisée, c’est la mort aussi. La mort
qu’attend cet âne, au début du film, l’âne du grand-père, mort des années
auparavant, mais bien présent dans le film. L’âne qui pleure, et attend le
train, la mort, qui ne vient pas : la ligne n’est pas encore ouverte. Cet
âne qui serale fil, l’ange gardien.
C’est lui, qui arrêtera le train qui ramène Sabaha et sous lequel Luka tente de
se suicider. Il y a aussi l’opérateur de bazooka, qui s’obstine à tirer en
arrière, la journaliste de CNN, qui chercheune convenable réalité et qui ne trouve que lacomplexité des choses, le facteur et son
blanc destrier, le lit qui vole, la musique, de fête. La fête avant la guerre, la
folie, pendant la guerre. Et puis les paysages, superbes, envoûtants. Et les
tunnels qu’on obstrue, qu’on franchit, souterrains chers à Kusturica.
Petite digression sur
la prévisibilité dans les scénarios. Je crois que c’est Bergson (à vérifier)
qui écrivait qu’un film ne doit être ni trop, ni trop peu prévisible ; s’il
l’est trop, on s’ennuie, s’il l’est trop peu, on se perd.
Mais, si les péripéties doivent nous surprendre, il est un autre domaine, celui du symbole où la surprise n’est pas toujours de mise. Que cet âne arrête le train, immuable au travers de la voie, on s’y attend. Mais ce n’est pas une erreur d’écriture. Il ne peut en être autrement. Soit ce film se termine bien, soit il fini mal. S’il finit mal, on est dans le réalisme pathétique. Ce n’est pas le ton du film. On est dans le conte ; l’histoire finira bien et ce n’est pas un concours de circonstances ou une volonté humaine qui peut amener ce résultat, c’est un élément symbolique qui a traversé tout le film.
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D’après la pièce de Feydeau. Plaisante comédie dont on
retiendra le jeu entre théâtre et cinéma. Si, dans le passé, le rideau du
théâtre s’était déjà ouvert sur le début d’un film (voir Sacha Guitry), ici,
quatre spectateurs rendent visite à un comédien de leur connaissance dans sa
loge avant le spectacle. Ils s’installeront ensuite à la baignoire. Le
spectacle commence : les décors sont de théâtre, mais les déplacements et
les lieux appartiennent aucinéma. Peu à
peu le théâtre s’efface, pour laisser la place au cinéma. Il ressurgit parfois,
avec les commentaires des spectateurs à chaque entracte, ou plus finement
lorsque nous découvrons l’appartement de Marcel Courbois (Jean Desailly):le
téléphone sonne en coulisse, alors que le montage du film nous laisse entendre
que ce téléphone devrait sonner chez Courbois. (Le plan précédent montrait
Etienne téléphonant à Courbois). Nous découvrons des machinistes, un pompier de
service et, enfin, la mise en place d’un dernier panneau nous cache les
coulisses. Nous sommes à présent dans l’appartement de Courbois et dans le
langage du cinémapar la même occasion,
que nous n’avons finalement jamais quitté, puisque montrer des coulisses dans
un film, c’est néanmoins utiliser le langage cinématographique. On pourrait
dire plutôt que nous revenons à la narration cinématographique. Après le faux
faux mariage (puisqu’il s’agit d’un vrai mariage déguisé en canular), les
spectateurs du théâtre interviennent sur scène, mais se retrouvent en un clin
d’œil dans le film, puisqu’ils débarquent dans la « vraie » salle du
faux mariage, vraie, car elle est décor de cinéma et pasdécor de théâtre. Ils poursuivent alors
Courbois et sa fausse fausse femme jusqu’à la gare (qui est une gare de cinéma
et pas la gare de théâtre que nous avions vu au début du film) pour faire
capoter les intrigues de Courbois. A la fin du film, Victor Guyau (Van
Putzeboom, l'oncle belge de Marcel Courbois) après avoir, grâce à
l’intervention de nos spectateurs, refusé le chèque promis en cas de mariage,
sortira de son personnage d’oncle (qu’il tenait au cinéma et au théâtre) pour
enlever sa fausse moustache et prendre son rôle de comédien (qu’il ne tient
qu’au cinéma ).